« Me voilà perdue » écrit mon amie H. Comment embrayer sur un tel programme ? Comment enchaîner sur une si belle entrée en matière ? Il est beau ton texte mon amie. Et évidemment j’aurais pu écrire la même première phrase. La 1ère seulement. H, est un peu ma sœur d’outre-méditerranée. Et je me demande à chaque fois que je me reconnais dans son écriture ce qui nous rapproche à ce point malgré nos vécus si différents. Peut-être juste la langue française ou le souvenir-désir de la langue turque (pour moi parfois plus un répulsif contre lequel je viens bûter quand mon peuple me désespère) ou notre condition féminine, nos rêves et aussi je crois,  nos soumissions, nos redditions ?

Quels profondeurs veux-tu explorer mon amie ? Je ne suis pas sûre, moi, de vouloir plonger. Je flotte à la surface des choses, ni dedans ni dehors. Les mots m’échappent, une colère sourde me saisit parfois que j’endors à coup de radios française dans ma cuisine belge. Un 3ème pays pour mieux se perdre encore ?

Voilà une autre entrée en matière ma belle amie, à reculons, ; à pas craintifs sur une corde tendue dans la frontière tremblant au-dessus du trou béant qui me sépare de ma liberté. Funambule ou plongeur des grands fonds ? Je dirais somnambule plutôt. Puisque je fais taire ma douleur dans les abrutissements, les sommeils. Même plein d’insomnies, même mauvais.