Depuis la rive nord de la Méditerranée, A, tente de se définir. Et puisque pour commencer à sortir du silence, il va falloir se hisser sur la pointe des pieds, A  pose les mains sur les hanches, jambes bien écartées, menton levé, elle lance son défi à elle-même. Redevenue enfant frondeuse, elle va écrire son propre kasala. Eh ouais, rien que ça.  Auto-louange comme arme de guérison de la névrose morose.

Frémissez toiles d‘araignées, j’arrive, tremblez nuages bas du Nord, je vais vous crever, accueillez-moi, cieux de la bienveillance, j’ose me lancer.

 Je suis l’arbre rhizome.

Je suis l’arbre déraciné qui tend ses petits bras noueux vers toutes les directions à la fois, qui ouvre, qui embrasse, qui parfois mal étreint mais qui toujours accueille.

Je suis la petite graine qui se moque des limites de l’air, qui traverse les frontières des hommes, ne s’enracinant que dans son propre désir.

Je suis l’enfant muette qui un matin dans une cour d’école nouvelle s’est rendue compte que ne pas comprendre le babil des enfants faisant cercle autour d’elle avait quelque chose de vertigineux.

Je suis l’enfant peut-être toujours muette mais plus du tout sourde qui, deux mois plus tard, comprenait plus que le rudimentaire.

Je suis l’enfant qui un jour a recopié dix fois, cent fois, mille fois la phrase de son maître de CP français pour trouver enfin la bonne graphie.

Je suis l’enfant qui a accepté de se laisser immerger pour apprendre à nager dans cette langue compliquée.

Je suis la femme qui rêve de couler cette langue dans le trou béant laissées par les racines arrachées comme un butin de guerre chèrement gagné.