Dans une villa rose sise à l'écart du village et à l'orée d'un bois, vivait une famille nombreuse dont on ne savait pas grand chose.

Alertés par un  promeneur,  qui en passant non loin du lieu  entendit des cris, les gendarmes découvrirent des corps sans vie  à l'intérieur de la villa.

Coups de fusil, coups de couteaux, coups de marteaux, gorges tranchées, les neuf  membres de la même famille  baignaient dans leur sang.

Dans ce village un peu reculé, lorsque les gendarmes avaient du mal à  résoudre  une  enquête, le maire  avait pour habitude de faire appel à  un médium particulièrement doué.

Ce dernier, très vite découvrit le mystère du massacre  en série de la villa rose,  après être entré en contatc avec  les esprits des malheureux défunts.

Il expliqua ainsi, ce qu'il vit et sentit :

"Ces personnes  vivaient en assez bons termes, jusqu' au jour où il fut question de repeindre la villa  rose Nude Illusion,  qui commençait à perdre de son éclat.

Le père la voulait rose Chair.
Le grand père refusa et proposa rose Cuisse de Nymphe.
La grand mère agacée par ces choix peu catholiques insista pour repeindre la villa en rose Balais ou Pelure d'Oignon.
La mère ne voulant pas être  en reste, avança l'idée qu'un petit rose Thé ou Saumon serait le meilleur choix.
Le fils ainé,  en colère contre ces choix de vieux,  frappa du poing sur la table en criant qu'un rose Vif serait  l'unique couleur qui conviendrait.
La fille ainée qui attendait avec impatience un  fiancé qui ne venait pas,  murmura qu'un rose Dragée donnerait du chic et de la classe à leur habitation.
Sa  soeur cadette,  qui  passait son temps à se farder et à prendre des poses,  lança en battant des cils et en  faisant un duck face, qu'un rose Hollywood ou un rose Framboise seraient du meilleur  effet dans ce lieu  sinistre.
La plus jeune  des filles, obèse à force de se goinfrer assise devant l'écran, bafouilla la bouche pleine, sans quitter la télé des yeux : "rose bonbon, rose bonbon".
 Les choses s'envenimèrent lorsque le plus jeune  des garçons, un geek  dont le derrière faisait un avec le tabouret devant l' ordinateur,  depuis pratiquement sa naissance, les regarda tous avec mépris, et leur dit en ricanant, que la seule couleur valable pour cette villa de demeurés, de ringards et de dinosaures ne sauraient être que le Pantone 210.
Le ton monta, les cris aussi,  les coups se déchainèrent et les gifles tombèrent, la tension culmina et les mains s'armèrent de  tout ce qu'elles trouvèrent à proximité..."

Désolée pour ce scénario macabre, mais franchement a-t-on idée aussi ! Une villa rose ... on assassinerait pour moins que ça !

 

Le mystère de la villa RoseLouis MercantonRené Hervil 1930